2009.12.06

Algérie, du nord au sud, d'ouest en est

Courte épopée d'un voyage en Algérie, d'Oran à la frontière marocaine, le Touat, jusqu'aux oasis de Beni-Abbès et Timimoun, la vallée du Mzab et enfin Al Jazair la blanche.. voyage de "repérage"vite fait bien fait en compagnie d'un groupe de retraités japonais dans une ambiance euphorique, entre coupe de foot et sacrifice du mouton.

21.jpgAlger, 15 nov
Arrivée le soir à Alger dans un déluge de drapeaux et de klaxons. Après plusieurs heures d'embouteillages, je vois enfin la capitale, incendiée. Deux jours auparavant au Caire, des supporters se sont fait tabassés ainsi que des joueurs, l'Algérie entière est en état de siège et maudit ces traitres de pharaons! D'un seul coup, plus rien ne compte que laver cet affront en gagnant le prochain match contre l'Egypte, dans 2 jours à Karthoum... un match de qualification au mondial dont l'enjeu dépasse largement la fierté nationale.. si l'Algérie perd c'est la déclaration de guerre!


 

DSC_0005_3.JPGTrain express Alger-Oran. En 5 heures et 2 arrêts, voyage ennuyeux et sans interêt. L'omnibus avec ses nombreux arrêts campagnards doit être plus excitant. On verra sur la route du sud les travaux de réaménagement de l'ancienne ligne de chemin de fer pleine de rêve et d'aventure qui traversait le sud-oranais et la Saoura jusqu'à Béchar... dans deux ans inch allah!

4.jpgEscale à Oran, le temps d'humer la pêcherie. La cathédrale a été réhabilitée en bibliothèque... et la synagogue en mosquée!  A Oran, tout change, tout se confond  juifs,espagnols, turcs, francais.. L'ambiance est au foot..je reviendrai un jour pour sentir l'âme de Wahran "la radieuse" , au son des cheikha et des flutes dans un cabaret "shioukh" de la corniche..Pour l'instant il faut partir vers le sud.

Ain Sefra, 17 nov
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Arrivée à Ain Sefra après une route très longue et jonchée d'ordures, de 9:00 a 17h30.. Qu'il devait etre beau pourtant ce paysage des hauts plateaux du Mascara, il y a cent ans!  Couru la haute dune derrière l'hotel pour attraper juste a temps le rouge sang du soleil qui coule derrière le jbel, seule vision réconfortante de cette journée. J'ai 39 ans. 

18.jpgLever tres tôt pour chercher le cimetière musulman où repose ma sombre heroine. Au milieu de toutes ces tombes, je tourne pendant presque une heure, décourageant de trouver la sienne parmi ces inscriptions frustres en arabe et maudissant ma sottise. Un ange en survêtement monté à dos d'âne apparait devant les remparts et soudainement je la vois: au coeur du cimetière, une grande stelle blanche repose sur un tapis de mauvaises herbes, grosse comme le nez. Je me retrouve là, un peu genée, peu incline aux conversations d'outre-tombe.. je me contente de m'asseoir et d'écouter en silence la grande dune fauve, frissonnant dans le petit matin, infiniment heureuse de ce moment partagé.

23.jpgCouru pour attraper de justesse le départ de nos 4x4.tout le monde pensait que je dormais!Détour par le centre-ville et le café arabe où les hommes bonenfants se prêtent en riant à la scéance photos de ces dames. Un jeune viendra apporter l'élément essentiel qui manquait à une bonne photo: le drapeau, accompagné d'un "viva l'Algérie!"crié à l'unisson!

Taghit, 19 nov
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Au beau milieu des dunes, on entend longtemps résonner les cris de joie et les youyous .. Femmes, vieillards, toute l'Algérie est dehors pour crier sa victoire  sur l'offenseur et sa qualification au mondial, ouf! Après le pont aérien gratuit et les millions dépensés pour envoyer les supporters au Soudan, on se dit "hamdulilahi"  On est tous contents d'avoir assisté à ce moment de liesse populaire ..mais l'euphorie nationaliste met mal à l'aise à la longue ..car personne n'est dupe que le grand ga50.jpggnant du match ce ne sont pas les algériens mais le gouvernement, aghh! Et les propos xénophobes de part et d'autre sont le triste résultat d'un sport de récupération politique.D'ailleurs on a croisé un groupe d'ingénieurs égyptiens travaillant à Taghit, ils s'étaient réfugiés à l'hôtel depuis IMG.jpgles évènements.. heureusement pour eux, l'Egypte a perdu!
Le long de l'oued Saoura baigné de pluie, les chapelets d'oasis s'égrenent plus belles les unes que les autres. Nous sommes à la lisière du grand erg occidental, ce massif de dunes gigantesques qui ourle l'horizon et abreuve nos esprits de rêves les plus fous! Très peu de chameaux, nous ne croisons que des camions de moutons acheminés pour l'Aid, et quelques bergers. Le Maroc est très proche, mais a l'air complètement inacessible. Barrages, barbelés, mines...ce désert là est bien trop developpé, il faut aller au sud, toujours plus au sud...


Beni Abbes, 21 nov
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Lever du soleil sur Beni Abbes. Charmant bourg du Sahara où déambulent à l'ombre des maisons les silhouettes blanches des oasiens.Promenade à travers le ksar et la palmeraie qui me mène au bord d'une piscine turquoise où quelques jeunes boivent du thé paisiblement. Oui, le calme enfin, et quelques instants de douces inactions avant de reprendre la route!78.jpg
Détour par la petite chapelle de Charles De Foucauld, illustre inconnu pour les japonais, que je me depêche de présenter, pour une fois, sans rechigner. Plus que le Père, c'est l'homme que j'aime, anti-conformiste et de la race des grands explorateurs, avec une foi aussi vaste que le désert, aussi forte que celle des touaregs qu'ils cotoient et qu'ils ne cherchent nullement à convertir. Manque de temps, pour penser, méditer, mais c'est le prix à payer pour ce voyage "de repérage"où je me suis invitée..

Timimoun, 22 nov
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Magnifique palmeraie d'émeraude qui aspire les lueurs pâles des dunes rougissantes .. Timimoun est à la hauteur de sa réputation, luxuriante et océane. Nous sommes dans le Gourara, immense région de ce grand territoire de l'Algérie, à cheval entre le Toua94.jpgt, la Tademait,  la Tidjiket, où sont posées un trio d'oasis aux murs rouges, sur l'ancienne route des esclaves, et qui ont gardé le style ravissant de l'architecture soudanaise. Adrar, In Salah, et la plus flamboyante, Timimoun.
Déambulation labyrinthique dans le ksar qui s'éveille doucement dans les teintes vermeilles du levant. J'aurais pu rester des heures à errer dans ces couloirs terreux, échangeant quelques salutations, m'imprégnant un peu du quotidien de la cité des haratins. Dans ce coin de Sahara, tout m'est familier et en même temps inconnu. Le parler d'abord, mélange d'arabe et de berbère zenète, la musique et la danse, empreints de l'islam fraternel des zaouias et 107.jpgdes marabouts. Le lendemain, mon voeu est exaucé, et je m'échappe avec Ahmed, "l'ami d'un ami", vers un ksar à 80km de là, où on fête un saint au son du baroud! Après une piste chaotique dans le 4x4 brinquebalant, on arrive dans une petite oasis à peine éclairée par quelques néons.  Enveloppée dans mon burnous, je frissonne de plaisir en me glissant dans les ruelles à la suite des pélerins qui marchent lentement vers la fête. Dans la nuit étoilée, une grande place sablonneuse au pied de quelques palmiers dattiers surmontée d'un terre-plein où se tiennent les femmes spectatrices. Dans l'arène, des centaines de silhouettes blanches se meuvent dans un étrange ballet, fusil à l'épaule ou à la main, le visage baigné d'extase, formant un grand cercle qui tourne de droite à gauche, s'élargissant ou se rétrecissant au gré des musiciens qui au centre battent la mesure. Nous nous tenons debout, écrasé contre le mur derrière les danseurs qui pas à pas tournent en se répondant d'un bout à l'autre par des psaumes, répétitifs, enivrants. Parfois, un geste brusque fait dévier le cercle, mais se faire piétiner n'est rien par rapport au coup dans les tympans.. Après un temps figé dans l'éternité de ces chants mystiques, le signal se fait attendre, le rythme s'accélère, la foule est en transe.. mon coeur bat à toute allure, j'ai des sueurs froides..enfin les danseurs lèvent leur arme et d'un geste souple  tirent sur la gachette= PAH! un nuage de poudre monte dans la nuit puis très vite le cercle se disperse dans les ruelles de l'oasis. Il parait que la poudre libère des pechés! Nuit de rêve. Calfeutrés dans l'anonymat des burnous, nous marchons longuement à travers la palmeraie au son du ruissellement des foggaras. Soudain une forteresse en ruine apparait, irréelle et magique sous les milliers d'étoiles, surplombant l'oasis comme un chateau flottant dans le ciel noir... le ksar d(où ripostaient les oasiens à l'approche des nomades pillards .Il est très tard quand nous revenons vers la zaouia où sur le sable dorment pêle mêle les pélerins roulés dans leur burnous. Panne de batterie et pneu crevé..on doit réveiller 2 pauvres bougres pour aider à pousser le rafiot!  la solidarité ici est une question de bon sens .. celui qui aide sait qu'un jour il sera aussi secouru.

podcast

Guardaia, 24 nov
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Arrivée à Guardaia vers midi, dans la blancheur immaculée des vieilles maisons mzabites. Visite de Beni Isguen la pieuse, plus rigoureuse que jamais envers les touristes et les appareils photos! La ville sainte respire pourtant le bien-être et je me delecte de quelques sour199.jpgires charmants échangés avec l'oeil cyclope et malicieux des femmes, drapées dans leur long drap blanc informe, imaginant leur vie secrète et romantique à l'abri des regards, à guetter l'amour derrière les jalousies, échangeant les potins entre femmes à trav193.jpgers les multiples terrasses à même hauteur...les "1m40 de civilisation", l'harmonie de l'urbanisation qui  a tant inspiré André Ravéreau et Le corbusier.. La maison mzabite est un espace délicieux, épuré et ludique, sobre et lumineuse, elle contient de nombreuses pièces secrètes, petites niches aux arcs voutés qu'éclaire somptueusement un rai de soleil. Le mystère de la civilisation mzbite que l'etranger  ne peut pénetrer que par un infime trou percé dans la serrure, un oeil cyclope de femme..le toucher c'est toucher une partie de l'Islam dans ce qu'il a de pire et de meilleur. Comprendre l'inexplicable, oublier tous les à priori, se contenter de décrire, voilà une tâche à laquelle on doit s'ateler si on veut parler du Mzab de l'intérieur!
Pour ma part, j'aurais voulu passer l'Aid entre ces murs millénaires, dans la ferveur ascétique des kharédjites mais le sort en décida autrement et je me retrouvai à Alger, non sans avoir passé la dernière soirée à danser avec le gardien de nuit pour inaugurer mon nouveau boubou.
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Alger, 26 nov 2009
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Journée de liberté à Alger, à flâner seule dans les librairies et les disquaires du centre-ville. Les algérois finissent de faire les derniers préparatifs pour l'Aid..derrière la mosquée Ketchaoua, l'agitation est à son comble dans les rues transformées en marché. Au pied de la casbah, je me laisse glisser peu à peu à travers les ruelles en torticolis qui montent de plus en plus haut, croisant des personna158.jpgges insolites et des troupeaux de 155.jpgmoutons cotonneux.  La casbah malgré le délabrement a gardé une fraîcheur et une hospitalité exquise pour l'étranger qui s'y aventure. on lui dit soudain inquiet: "fais gaffe hein, l'appareil photo tout ça! " avant de l'envoyer monter plus haut d'une grosse tape amicale sur le dos. "vas voir chez ma voisine,elle a une super terrasse" .. je franchis une des portes bleues me retrouve dans la pénombre avec une voix de femme qui me guide...fdel, entre!  je gravis 4 escaliers derrière elle, c'est étroit, sombre, ça sent la pisse et la graisse.. mais quand j'arrive sur la terrasse je manque de m'évanouir de bonheur.. o jamais je n'aurais imaginé pareille splendeur! la casbah 141.jpgblanche, un peu rosie
sous les faibles rayons du soleil, plongeant sur la mer de ses centaines de balcons multicolores,  surplombant avec l'insolence de sa misère toute la capitale! Sur le pas des maisons, les enfants chouchoutent les moutons gros et laineux qui seront immolés tôt le lendemain pour célebrer la foi d'Abraham qui était prêt à sacrifier son fils unique .. finalement Dieu est clément et sacrifie un mouton à la place..c'est l'Aid el kebir et il y aura du mouton pour tout le monde, riches et pauvres!

Alger, fête du mouton, 27 nov
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Lever sur Alger déserte et silencieuse après l'appel à la prière en ce jour de l'Aid. Puis au bas de la casbah, les sacrifices commencent, très doucement, sans exitation ni cris. Un mouton git sur un trottoir, des gens s"embrassent, des enfants jouent, c'est la fête. Je croise un jeune algérois qui fera un bout de chemin avec moi, "c pas pour prendre ton telephone, j'ai pas de portable!" rit-il. Ou est ton mouton, je lui demande, et il me répond qu' il s'en fout, que lui cherche un café ! il pense même que ce truc de sacrifice c('est pas hygiénique. moi je lui raconte comment on tue les bestiaux chez nous et finalement il dit qu'il a peu plus faim maintenant! On se met à chercher un café mais tout est fermé, alors on se dirige vers Notre dame d'Afrique, tout en parlant de tout et de rien, gravissant en soufflant la pente plutôt raide.  " tu sais que dans les haddiths  on dit que les  moutons de l'Aid iront au paradis  et seront accueillis par des anges." J'aime bien cette image , c'est poétique mais lui me reprend "non c'est  pas poétique c'est subtil!" Nouar a 32 ans et travaille au service réclamation de la poste, ce qui me fait rigoler encore.. je l'imagine entrain de calmer les gens de son air cool, habillé de son survêtement..il est fier d'habiter à Alger et pas du tout attiré par un avenir de deraciné en France  " moi ce que j'adore c'est me promener à Alger les soirs de Ramadan quand tout le monde mange, y a personne dans les rues, c'est génial!"  On se quitte près de la casbah là où on s'était croisé il y a 2 heures..Nouar a enfin trouvé son café et moi je quitte Alger avec un rêve merveilleux de moutons en forme d'ange et les odeurs de melfouf qui s'envolent des moucharabiehs.. Aid Mabrouk, saha Alger !

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アルジェリア、北から南、西から東へ

アルジェ-オラン-アインセフラ-タヒット-ベニアベス-ティミムン-エルゴレア-ガルダヤ-アルジェのアルバム写真 : http://picasaweb.google.com/alissassama/GouRARAMZABCAsBah#

Commentaires

SUPERBE DOCUMENTAIRE
CAPTIVANT ET FORT ENRICHISSANT
BRAVO ET BONNNE ANNEE 2010

Ecrit par : Baba aissa Feriale | 2010.01.02

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